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Anne Pauly, lauréate du Prix « Envoyé par La Poste » : « A s’enivrer ou à s’émerveiller devant un coucher de soleil, mon père trouvait là de la consolation »

En ouverture de la saison littéraire, le Prix Envoyé par La Poste vient d’être décerné à Anne Pauly pour son livre Avant que j’oublie.

Entretien avec l’auteure.

Avant que j’oublie est votre premier ouvrage édité. Vous vous étiez déjà essayée à l’écriture auparavant ?

L’écriture, que je côtoie aussi au quotidien dans le travail que j’exerce pour des magazines, m’a toujours intéressée. Depuis longtemps je m’y étais essayée, des tentatives plus ou moins abouties, remisées par manque de confiance.

J’avais en revanche déjà rédigé des articles qui ont paru, sur la pop culture, d’autres destinés à des revues féministes, queer… J’ai parfois fait des textes assez copieux et documentés sur des sujets qui me passionnent, mais pas forcément exploitables sur des supports en raison de leur longueur.

En tout cas, je ne m’étais jamais confrontée à la fiction.

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Anne Pauly s’intéresse à l’écriture depuis l’enfance. Elle n’avait jusqu’à présent publié que des articles. Avant que j’oublie est son premier roman. (Photo DR

Qu’est-ce que vous avez ressenti quand les éditions Verdier vous ont contactée pour vous annoncer qu’elles voulaient publier votre manuscrit ?

D’abord avant tout, c’était beaucoup d’étonnement. Que les éditions Verdier s’intéressent à mon travail, j’en étais évidemment très heureuse, mais j’étais quand même un peu dans mes petits souliers.

Le catalogue Verdier, ce n’est pas rien, paraître chez eux c’était pour moi plutôt assez impressionnant. Surtout dans leur collection Chaoïd, dirigée par David et Lionel Ruffel, qui accueille des écritures renouvelées, dissidentes.

Débarquer et intégrer cette maison, oui, c’était vraiment étonnant et impressionnant.

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Anne Pauly a reçu son prix le 29 août à l’Hôtel de Choiseul-Praslin, siège de La Banque Postale, des mains de Philippe Bajou, directeur général adjoint du groupe La Poste (à droite sur la photo) et d’Olivier Poivre d’Arvor, le président du jury.

Et quand vous avez appris que vous aviez obtenu avec ce livre le Prix Envoyé par La Poste…

Se lancer dans l’écriture et recevoir ce prix, c’est un encouragement très fort. A la fois symbolique et, ce n’est pas négligeable, financier. Cela signifie beaucoup.

Qu’un jury trouve votre travail intéressant au point de le récompenser, ça veut dire que la langue a porté, que l’histoire a été reçue.

Cela me conforte beaucoup dans l’idée de poursuivre, d’explorer de nouveaux horizons.

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Lors de la remise du prix, de gauche à droite : Olivier Poivre d’Arvor, président du jury, Pauline Delabroy-Allard, professeur-documentaliste et écrivaine (lauréate du 4e Prix Envoyé par La Poste), Anne Pauly, Marie Llobères, déléguée générale de la Fondation d’entreprise La Poste, Philippe Bajou, directeur général adjoint du groupe La Poste et Jean-Pierre Guéno, directeur de la valorisation de la branche services courrier et colis de La Poste (qui a lu des passages de chacun des six livres en compétition).

L’ouvrage raconte un père, colosse complexe, sa mort, les mois qui ont suivi, des étapes de sa vie souvent chaotique, les liens longtemps douloureux de sa fille avec lui… Et puis comme des retrouvailles entre eux, une réhabilitation, une affection retrouvée…

À la disparition de mon père, j’avais tout observé, beaucoup mémorisé : l’invraisemblable de la mort, toutes ces choses qui m’ont alors semblées folles, rocambolesques, absurdes, les hôpitaux, leurs couleurs, leurs odeurs, les mots, les rituels, les comportements… Les situations cocasses, violentes, la tragi-comédie de la mort. Pour lui, je m’étais promis de raconter ça.

Mon inscription à un Master de création littéraire à Paris 8 m’en a donné l’occasion, a été une sorte de déclic. Il fallait proposer un projet. Le livre, en tout cas son début, sa partie surtout liée à la mort du père, est né de là.

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Les 6 derniers ouvrages en compétition pour le Prix

J’ai ensuite laissé passer du temps, deux ans quand même. Et puis il fallait que ça sorte, après la mort je voulais revenir sur l’interrogation liée à la filiation, sur l’apaisement, la réconciliation. Comme un bilan.

Et là, c’est davantage devenu une fiction. Les mots sont arrivés vite, ça a déroulé, en peu de mois j’ai mené à son terme ce premier livre.

Qu’est ce qui ressort de cette plongée dans l’intime d’une famille, d’un père ?

Des réalités qu’assez souvent on n’ignore pas au fond, que l’on vit avec les gens, mais que tant de choses ne sont pas dites, qu’on s’engueule mais que l’essentiel est ailleurs, que les parents ne donnent pas, au moins en apparence, de reconnaissance.

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Jean-Pierre Guéno, directeur de la valorisation de la branche services courrier et colis de La Poste, écrivain, a lu des extraits des livres sélectionnés pour le Prix

Que la violence d’un père, ses emportements, ses addictions mais aussi ses passions, pour la nature, la spiritualité orientale ne sont en fait que des consolations, qui accueillent, protègent…

Mon père avait connu la guerre, la misère, prenait le car à 6 heures le matin pour aller travailler, rentrait chaque soir à 18 ou 19 h, n’a jamais manqué une journée à l’usine. A s’enivrer ou à s’émerveiller devant un coucher de soleil, il trouvait là de la consolation.

Pour autant, ce n’est pas qu’autobiographique. Même si ce livre contient une part importante de ce que j’ai pu vivre, c’est aussi une réflexion plus universelle, sur le temps, les relations, les non-dits…

Et si j’ai gardé le nom de mon père et le mien, c’est parce qu’en essayant de mettre les mots dans d’autres bouches, je ne parvenais pas à exprimer ce que je souhaitais, je n’y arrivais pas, ça ne fonctionnait pas.

Vous avez déjà d’autres projets littéraires en vue ?

L’écriture ne me lâchera pas, d’autant que je me sens désormais encouragée, ce prix, cette reconnaissance, ça apporte de la confiance. J’ai déjà quelques idées qui se profilent, ça doit encore un peu mûrir. Peut-être sur le fait de vieillir par exemple, en particulier pour une femme, ça veut dire quelque chose, c’est pas facile… L’effervescence, les sollicitations passées, je vais m’y remettre…

Propos recueillis par Rodolphe Pays

(photos Thierry Debonnaire)

Avant que j’oublie, d’Anne Pauly (aux Éditions Verdier).

La remise du Prix Envoyé par La Poste s’est déroulée jeudi 29 août à Paris à l’Hôtel de Choiseul-Praslin, siège de La Banque Postale. Extraits des propos tenus par les différents intervenants…

« Je voudrais adresser des remerciements aux éditeurs, qui jouent le jeu, et aux écrivains, qui nous font confiance. » Philippe Bajou, directeur général adjoint du groupe La Poste.

« A travers ce prix, c’est un travail de découverte et d’identification des talents que soutient la Fondation La Poste. » Marie Llobères, déléguée générale de la Fondation d’entreprise La Poste.

« Je suis reconnaissant à la Fondation La Poste de cet amour de la littérature, du grand respect des auteurs, de ce pari de rencontre entre un écrivain et un public. » Olivier Poivre d’Arvor, président du jury du prix Envoyé par La Poste.

Un texte adressé par courrier et sans recommandation

Créé par la Fondation d’entreprise La Poste en 2015, le Prix Envoyé par La Poste distingue un texte (roman ou récit) adressé par courrier et sans recommandation à un éditeur. Le comité de lecture de ce dernier, après avoir décelé un talent d’écriture et décidé de le publier, propose au jury du prix de l’intégrer à la sélection des ouvrages susceptibles d’être récompensés.

Le lauréat reçoit 2 500 €, son livre est aussi notamment promu auprès des 500 000 postiers actifs et retraités et La Poste passe également commande de 600 exemplaires auprès de l’éditeur.

Les membres du jury :

Olivier Poivre d’Arvor, écrivain, diplomate, président du jury

Marie Llobères, déléguée générale de la Fondation d’entreprise La Poste

Dominique Blanchecotte, présidente de l’association Paris Sciences et Lettres Alumni

Pauline Delabroy-Allard, professeur-documentaliste et écrivaine (lauréate du 4e Prix Envoyé par La Poste)

Marie-Laure Delorme, journaliste

Serge Joncour, écrivain

Christophe Ono-dit-Biot, écrivain, directeur adjoint de la rédaction du Point

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